20 juillet 2018

L’exécutif met l’audiovisuel public au régime sec



Amère potion pour l’audiovisuel public. 

Le gouvernement a détaillé, jeudi 19 juillet, l’effort budgétaire que devront France Télévisions, Radio France, Arte, l’INA, France 24, RFI et France Médias Monde d’ici à 2022. 

Dans le détail, Matignon réduira la dotation budgétaire de 190 millions d’euros entre 2018 et 2022, et impose aux entreprises publiques de l’audiovisuel d’investir 150 millions d’euros supplémentaires dans le numérique. 

Dans le même temps, elles devront  d’assumer la progression mécanique des coûts, notamment des salaires, estimée à 160 millions d’euros sur quatre ans par le ministère de la culture.

Si la facture finale imposée par l’exécutif apparaît comme moins douloureuse que prévu – la direction du budget voulait le budget de France Télévisions de 800 millions d’euros, selon nos informations –, elle n’en est pas moins élevée. Au ministère de la culture, on précise que ce sont les efforts de Françoise Nyssen qui ont permis de  à ce moindre mal. Surtout, France Télévisions, qui taille déjà dans ses coûts à hauteur de 50 millions d’euros cette année, et a supprimé 10 % de ses effectifs depuis 2012, a visiblement su  qu’il n’avait plus beaucoup de « gras ».
Reste que le paquebot de la télévision publique devra encore  un effort important en économisant 160 millions d’euros d’ici à 2022 tout en investissant dans le numérique. Au total, il lui faudra  « presque 400 millions d’euros, soit 15 % de nos ressources. C’est une trajectoire réaliste, mais qui sera difficile », a acté Delphine Ernotte, la présidente de la télévision publique, dans un entretien accordé aux Echos. De fait, Matignon lui impose en outre un triplement de ses programmes régionaux à six heures par jour dans 24 régions, contre deux aujourd’hui. « On nous a dit que l’on travaillerait avec France Bleu. Mais ce qu’on nous a présenté pour l’instant, c’est de la radio filmée », souffle Pierre Mouchel, de la CGT.

Cure d’amaigrissement

L’exécutif a par ailleurs confirmé la suppression de France 4, dont le canal devra  libéré « au plus tard en 2020 », et de la chaîne des outre-mers, France Ô, à « l’audience trop confidentielle », explique Matignon dans un communiqué. A la place, France Télévisions proposera des programmes pour les enfants sur ses chaînes et sur les tablettes, tandis que des programmes destinés à l’outre-mer seront réintégrés dans les chaînes nationales. Pour  le choc, Delphine Ernotte a fait un déplacement, jeudi, chez les équipes de France Ô (voir article précédent ADAP).
D’autres sources d’économie devront encore être trouvées. Les programmes de flux, à diffusion unique, qui coûtent 500 millions d’euros par an à France Télévisions, pourraient  l’objet d’une cure d’amaigrissement. « Cela a été le cas en 2017 », explique Pierre Mouchel, qui craint surtout un nouveau plan de départs volontaires. En attendant, le non-remplacement des départs devrait s’accélérer, tandis que la direction continue de  l’entreprise en créant, par exemple, une direction des programmes transverse à toutes les chaînes.
Si le gouvernement a demandé le maintien des investissements dans la création, évalués à 560 millions d’euros par an pour France Télévisions et Arte, il n’a pas non plus rassuré. « Ce n’est pas en supprimant deux chaînes que l’on préserve la création. Ils font cette promesse à chaque fois, mais ne la tiennent jamais », dénonce Pascal Rogard, directeur général de la SACD, influente société d’auteurs, qui dénonce « une réforme comptable, habillée de modernité ».


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.