05 juin 2018

Le Monde, réforme de l'audiovisuel public : les mises en garde des députés de la majorité


La suppression de France 4 de la TNT suscite notamment les critiques des élus LRM


Le diable est dans les détails, préviennent les députés de la majorité chargés de rédiger un rapport sur l'audiovisuel public, dont Le Monde a pris connaissance. 
Commandé fin janvier, après qu'Emmanuel Macron a souhaité associer les parlementaires à ce chantier, le volumineux texte a été rendu avant que le gouvernement présente les grandes orientations de sa réforme, lundi 4  juin. 
Mais ses conclusions – qui rejoignent les options retenues par l'exécutif mais divergent sur plusieurs points, dont l'avenir de France 4 – peuvent encore éclairer les débats, alors que la ministre de la culture, Françoise Nyssen, vient d'ouvrir une nouvelle phase de concertation, jusqu'à mi-juillet.


Sur la philosophie générale, la méthode des auteurs du rapport – 
coordonné par Frédérique -Dumas, élue La République en marche (LRM) et vice-présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale et rédigé avec Pascal Bois (LREM), Marie-Ange Magne (LREM), Sophie Mette (Modem), Sandrine Mörch (LREM), Pierre-Alain Raphan (LREM) et Raphaël Gérard (LREM) – rappelle l'approche retenue par le gouvernement : " La question des moyens ne saurait précéder celle des finalités. "

Sur France 4, les auteurs estiment toutefois que la décision du gouvernement de retirer la chaîne pour enfants de la TNT pour la basculer sur le numérique n'est pas forcément une bonne solution. La télévision " linéaire " classique reste le mode de consommation préféré des enfants. Et, pointent-ils, l'animation pourrait en souffrir, car France 4 y a investi 14  millions d'euros en  2018, soit 40  % des investissements de France Télévisions dans ce dynamique secteur.

Alors qu'un débat s'ouvre sur France Ô, la conserver " c'est se donner bonne conscience sans aucune chance que les objectifs assignés à cette chaîne ne soient atteints ", jugent les auteurs. 
A défaut d'une évolution, ceux-ci suggèrent plutôt de mieux exposer l'outre-mer sur les autres chaînes.

Un autre point suscite une mise en garde : les économies, qui ne seront pas précisées par le gouvernement avant l'été. A ce stade, la piste privilégiée est de baisser le budget de l'audiovisuel public d'environ 200  millions d'euros, d'ici à 2022. Mais la technique du " coup de rabot budgétaire " a des effets pervers, préviennent les auteurs. Celui-ci " conduit les sociétés, soit à trouver des astuces budgétaires qui ne font que repousser les véritables décisions à plus tard, soit à réaliser des économies qui ne peuvent qu'affecter directement la création, les programmes et les missions ".

Ainsi, les 50  millions d'euros d'économies supplémentaires demandés à France Télévisions pour l'exercice 2018 ont rogné les budgets de l'information nationale, des sports, des magazines ou des jeux. Et ceux de la création (séries, documentaires…), à 400  millions d'euros au lieu des 420 espérés. Or, à l'époque, la ministre de la culture avait déjà demandé que ce poste soit sanctuarisé ".

Surencadrement

Le rapport prône, comme le gouvernement, de " transformer le modèle social " de France Télévisions. Mais les économies générées ne doivent " surtout pas être un objectif en soi mais une conséquence " des changements structurels, parfois lents à mettre en place. Il faudrait donc veiller à ce que les réductions budgétaires soient progressives pour éviter un effet ciseau.

Pour les auteurs, France Télévisions doit aussi changer son " organisation du temps de travail, qui ne favorise pas l'efficience ". 

Le rapport pointe le problème du " surencadrement ", citant les chiffres syndicaux des effectifs de France 3 Nord-Est, réduits en six ans de 770 à 756 alors que les cadres passaient de 109 à 131. 
Il dénonce les " surcoûts" de la filière de production interne, parfois -estimés à 10  % mais pouvant -atteindre 35 % à 50 %. 

France -Télévisions doit enfin renforcer la " polyvalence " des métiers, alors que le numérique rend de plus en plus " poreuse " la frontière entre journalistes et techniciens. 
Mais là encore, " notre devoir est -d'accompagner cette transformation " par la formation, insiste le texte.

Les députés sont sévères avec le projet de plateforme de vidéo à la demande par abonnement de France Télévisions :

 " Le concept de Netflix à la française ou de -Netflix européen ne peut être porté par l'audiovisuel public français parce que (…) les montants à mettre en jeu sont sans commune mesure avec les capacités du service public. " Quant à la plateforme gratuite que France Télévisions voudrait créer avec TF1 ou M6, les auteurs proposent au contraire de s'appuyer sur le service privé Molotov.

La suite sera connue dans les débats menés d'ici l'été, autour des économies, puis sur la gouvernance du secteur, d'ici la fin de l'année, avant que soit présenté le projet de loi promis par le gouvernement, attendu début 2019.

François Bougon, et Alexandre Piquard

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.