12 mai 2018

Sosthène avait raison : Le Monde ce jour "En France, une riposte crédible à Netflix peine à s’organiser"




Malgré la menace, les groupes audiovisuels français ont des difficultés à s’entendre.

LE MONDE ECONOMIE  Par Alexandre Piquard
Faire émerger un Netflix français ou européen… 
Tout le monde en rêve, mais personne n’assume, aujourd’hui, cet objectif. La montée en puissance du géant américain intimide : ces derniers mois, il recrute, en France, environ 100 000 abonnés par mois, et espérait en atteindre 3,5 millions fin mars, selon Libération.

Arrivé en France en 2015, le groupe Netflix y a d’abord été vu comme un concurrent pour la plate-forme de vidéo à la demande par abonnement Canalplay, puis comme une menace pour le service premium de sa maison mère, Canal+, qui compte 4,95 millions d’abonnés. « Aujourd’hui, tout le monde prend conscience que Netflix concurrence l’ensemble des chaînes de télévision, explique un cadre du secteur. Le sujet n’est pas de prendre la place de Netflix, mais de l’empêcher de prendre la nôtre ! »

Malgré ce sentiment d’urgence, voire de panique, élaborer une riposte crédible reste difficile. France Télévisions en fait l’expérience, bien que sa présidente, Delphine Ernotte, ait annoncé, dès 2015, vouloir créer une plate-forme de vidéo à la demande par abonnement. L’entreprise publique a d’abord constaté qu’il était impossible de construire un service avec ses homologues européens, car aucune chaîne ne possède les droits de diffuser sur tout le continent les séries et films qu’elle finance. Et, à l’échelle française, acheter un catalogue d’œuvres attrayant est jugé trop cher et difficile à rentabiliser par France Télévisions.

L’équipe de Mme Ernotte a obtenu des grands producteurs qu’ils mettent quand même à disposition leurs programmes, de façon non exclusive, en échange d’une part – environ 20 % – des revenus des abonnements. 
Mais, après avoir accumulé les retards, France Télévisions a fini par mettre le projet « en pause » : la direction et Matignon ont estimé qu’il était difficile, pour l’entreprise publique, de porter un tel service payant seul, et qu’il était préférable de s’appuyer sur des chaînes privées comme M6 ou TF1.

Le modèle revendiqué par les intéressés est désormais Hulu, la plate-forme numérique commune créée aux Etats-Unis par les grands réseaux de télévisionCe service est avant tout gratuit : il permet de visionner en rattrapage les programmes des chaînes associées, jusqu’à sept jours, voire trente, après leur passage à l’antenne. La partie payante deviendrait une option premium qui, pour 7 à 10 euros par mois, donnerait, par exemple, accès aux épisodes passés d’une série.
« LE SUJET N’EST PAS DE PRENDRE LA PLACE DE NETFLIX, MAIS DE L’EMPÊCHER DE PRENDRE LA NÔTRE ! », EXPLIQUE UN CADRE DU SECTEUR

Les discussions avec TF1 et M6 « avancent bien », selon Takis Candilis, directeur de la stratégie de France Télévisions. « Il y a une volonté d’aboutir », assure Nicolas de Tavernost, le président du directoire de M6, qui espère une issue d’ici à « quelques semaines ». A TF1, on reconnaît plus sobrement « des discussions en cours ». 
Quant au ministère de la culture de Françoise Nyssen, il « soutient » le projet.
Malgré ces signaux, beaucoup, dans le secteur, restent sceptiques sur la capacité des chaînes rivales à s’entendre, car l’idée d’une plate-forme commune est un serpent de mer
Parmi les sujets à clarifier : l’étendue des services gratuits et la gouvernance de la structure.
Dans le reste du paysage, Orange, après avoir, un temps, discuté avec France Télévisions, continue à développer OCS, sa chaîne et sa plate-forme payantes de cinéma et de séries. « Comme l’a dit le PDG de Netflix, “la chaîne payante HBO, aux Etats-Unis, continue de croître malgré l’essor de Netflix, et c’est aussi le cas d’OCS, en France” », souligne David Kessler, directeur d’Orange Content. OCS revendique 2,9 millions d’abonnés et, pour résister, compte sur son accord de diffusion des prestigieuses séries américaines de HBO, dont Game of Thrones.

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