16 mai 2018

Le Figaro, la reprise en main politique de France Télévisions : silence assourdissant de la "cheffe"

«L'Émission Politique» : comment l'Elysée a remporté son bras de fer avec France Télévisions

LE SCAN POLITIQUE - Jeudi soir, L'Émission politique sur France 2 recevra tour à tour les principaux dirigeants des partis politiques, y compris Christophe Castaner le patron de La République en marche. Retour sur les tractations entre l'Elysée et France Télévisons.

La scène remonte au mois de mars. 
L'Émission Politique sur France 2 prépare déjà le dernier numéro de sa saison prévu le 17 mai. Une date clé, qui tombe quelques jours seulement après le premier anniversaire d'Emmanuel Macron à l'Élysée

Pour l'occasion, la chaîne décide de marquer un grand coup et invite sur son plateau les chefs des principaux partis. 
Sont conviés: Marine Le Pen, pour le Front national, Laurent Wauquiez pour Les Républicains, Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise et Christophe Castaner pour La République en marche. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure n'a de son côté pas reçu d'invitation, mais est mis au courant de l'initiative. 
Le format pour cette «soirée spéciale» est simple: un débat entre les quatre personnalités, avec le même temps de parole pour chacun, afin de revenir sur la première année d'Emmanuel Macron à l'Élysée.

«Hors de question»

Si la proposition est immédiatement acceptée par Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, Christophe Castaner adresse de son côté une fin de non-recevoir à la chaîne. Le patron de La République en marche estime que se retrouver entouré de quatre adversaires remontés contre lui peut s'avérer dévastateur. «Ce n'est pas acceptable que le seul représentant de la majorité ait le même temps de parole que trois membres de l'opposition qui seront face à lui», glisse Christophe Castaner à ses proches. 
Le sujet s'invite jusque dans le bureau d'Emmanuel Macron à l'Élysée. «Hors de question», aurait répondu le chef de l'État.

Le bras de fer avec la chaîne se déclenche. France Télévisions propose au patron du mouvement présidentiel deux options. La première: un temps de parole supplémentaire pour répondre aux attaques de ses adversaires. La seconde: inviter également François Bayrou sur le plateau de l'émission pour rééquilibrer les forces. Finalement, le président du MoDem déclinera.
Franchement pas convaincu par les offres de la chaîne, Christophe Castaner met une nouvelle proposition sur la table: envoyer la députée de Paris, Laetitia Avia, également porte-parole du mouvement présidentiel, au débat. 
Refus catégorique de France Télévisions. «Ce n'est pas à l'Elysée d'imposer ses invités. Pour nous, c'était hors de question», assure mercredi au Figaro l'équipe de la rédaction en chef de l'émission, accompagnée de son équipe de communication.

Faure finalement infiltré

Au mois d'avril, L'Emission politique pour les «un an» de Macron est alors condamné au statu quo: aucun membre du mouvement présidentiel n'est inscrit au programme. 
Et comme une mauvaise nouvelle ne survient jamais seule: Jean-Luc Mélenchon, agacé par ces épisodes, décide à son tour de quitter la piste. Des cinq dirigeants sur le papier au départ, les organisateurs de l'émission n'en comptent désormais plus que deux: Marine Le Pen et Laurent Wauquiez.
La chaîne qui ne compte plus d'invité pour la majorité n'a, plus non plus, aucune tête d'affiche à gauche. 
France Télévisions décide alors d'inviter Olivier Faure, premier secrétaire du PS ne désespérant pas trouver une solution avec LaREM. Le socialiste accepte.
Dans l'impasse, la chaîne fait une ultime proposition à Christophe Castaner: une série de questions-réponses pour chaque dirigeant avec la journaliste de l'émission Léa Salamé. L'accord est scellé. Rapidement, les critiques de l'opposition pleuvent. 
«C'est une émission télécommandée par l'Élysée», «on revient à un service public digne de l'ORTF», s'agacent les rangs socialistes. «On est déçu mais on s'y attendait», soupire-t-on chez LR. «Christophe Castaner a les pétoches de venir débattre et notamment avec Laurent Wauquiez».
Suite au retour de Castaner, Jean-Luc Mélenchon accepte lui aussi de revenir dans le jeu aux côté de Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et Olivier Faure qui a gagné son jeton de présence. Il serait même question d'une photo de famille entre tous les participants... Mais l'affaire laisera des traces. 
A France Télévisions, nombreux sont ceux qui, en privé s'agacent de l'organisation de ce numéro. «Nous aurions également préféré faire un débat», souligne la rédaction en chef, «mais il était inconcevable pour nous de ne rien faire pour le premier anniversaire de Macron à l'Elysée».

Hamon met en doute la «neutralité du service public»

Remonté de ne pas avoir été invité, Benoît Hamon a adressé, de son côté, une lettre salée mardi à la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte. 
«Votre programmation jette un doute extrêmement regrettable sur la neutralité du service public, et alimentera les soupçons que nos concitoyens nourrissent envers leurs médias publics», a raillé l'ancien socialiste, aujourd'hui à la tête de son mouvement Génération-s. «Nous souhaitons que vous leviez au plus tôt les doutes en rétablissant le pluralisme parmi les invités (...) sauf à croire que (...) le parti présidentiel vous impose désormais ouvertement ses choix», conclut la lettre à Mme Ernotte, cosignée par Claire Monod et Guillaume Balas, les coordinateurs de Générations.

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