20 mars 2018

Le Monde Economie : réforme de l’audiovisuel public : "les scénarios du big bang"



A croire que tout le monde lit l'ADAP. Les dispositions présentées sont celles que nous préconisons depuis des mois !

Les architectes des réformes tentent de donner corps aux volontés de changement du président de la République, qui a en décembre qualifié l’audiovisuel public de « honte », sans toutefois proposer de remèdes très précis. 
Pour se guider, la majorité s’appuie sur une idée du candidat Macron : le « rapprochement » entre France Télévisions, Radio France et les autres entités de l’audiovisuel public. En entrant dans le détail, les réformateurs mesurent aussi les difficultés posées par ces chantiers. Revue de détail des pistes de changement, dont certaines doivent être traduites dans la loi audiovisuelle prévue pour début 2019.

  • Proximité et local
Renforcer l’audiovisuel public au niveau local s’est imposé au fil des mois comme un des chantiers jugés les plus prioritaires. 
Le principal levier identifié par les dirigeants et la ministre de la culture, Françoise Nyssen, est la collaboration entre les employés régionaux de la télévision France 3 et de la radio France Bleu. Mais selon quelles modalités ? La piste de créer des structures locales communes ne semble pas retenue.

En revanche, les entreprises veulent créer ensemble des programmes régionaux, par exemple, une matinale diffusée en radio et en télévision. Ou des émissions sur l’emploi ou l’environnement, annonce le directeur de la stratégie et des programmes de France Télévisions, Takis Candilis, qui met en avant la fonction de « service » de France 3. D’autres aimeraient aller plus loin en mettant en commun les supports numériques locaux de France 3 et France Bleu, mais le sujet est sensible.

L’exécutif a une volonté de « régionaliser » davantage France 3, qui reste une chaîne nationale avec 10 % environ de programmes régionaux, produits et diffusés par l’une des 24 antennes locales. 
Ces derniers pourraient être augmentés. Mais cela poserait la question des conséquences sur la partie nationale de la chaîne, qui génère de fortes audiences et finance de nombreuses fictions et documentaires de France Télévisions.

  • Culture et jeunesse
L’exécutif a désigné deux autres domaines à renforcer, en associant France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24, RFI…), l’Institut national de l’audiovisuel ou Arte : il s’agit de la culture et de la jeunesse. 
A ce stade, les échanges prévus sont moins ambitieux qu’au niveau régional. Sandrine Treiner, la directrice de France Culture, et Michel Field, de France Télévisions, travaillent sur une offre culturelle numérique commune. La volonté est moins de produire de nouveaux contenus que de mieux exploiter les programmes existants, par le biais du numérique.
Côté jeunesse, Radio France met en avant sa radio Mouv, et France Télévisions sa nouvelle plate-forme Slash.tv. Leurs collaborations doivent être renforcées mais Slash vise les 18-30 ans, alors que Mouv cible un public un peu plus jeune, par le biais des cultures urbaines. 
Enfin, les sociétés d’audiovisuel public devront unir leurs forces dans l’éducation aux médias et la lutte contre les « fausses nouvelles ».

  • Diffusion de chaînes en numérique
Faut-il supprimer des chaînes ou diffuser certains médias uniquement par le biais du numérique, pour faire des économies ? C’est ce que suggérait début novembre un « document de travail » du ministère de la culture. Aujourd’hui, la fermeture de France Ô, la chaîne des outre-mers, semble écartée. Mais l’idée de ne plus diffuser certains médias par les canaux traditionnels reste en débat au sein de l’exécutif.
Cette diffusion 100 % numérique concernerait-elle France 4, la chaîne pour enfants sans publicité, France 5, la chaîne de la connaissance, ou Mouv, la radio des cultures urbaines ? Le débat porte aussi sur l’opportunité d’un tel changement, le montant des économies générées restant à évaluer.

  • Droits et régulation
La loi annoncée par l’exécutif pour début 2019 doit concerner tout l’audiovisuel. Le changement de certaines règles aurait des conséquences à la fois sur les médias privés et publics. Ainsi, dans les relations entre producteurs et chaînes, certains plaident pour donner davantage de droits aux chaînes.
Ils s’étonnent que des séries françaises phares, comme Dix pour cent, de France 2, soient disponibles sur une plate-forme américaine comme Netflix. D’autres veulent rallonger la durée du visionnage de rattrapage, souvent limitée à sept jours. Ces changements visent à aider les diffuseurs comme France Télévisions, qui souhaitent faire émerger des plates-formes numériques pouvant rivaliser avec les américains Netflix ou Hulu. Mais réformer le secteur de la production est délicat.
La réforme se penchera aussi sur la publicité, avec l’idée d’en assouplir les règles. France Télévisions ou Radio France pourraient-ils en tirer davantage de recettes ou risquent-ils de voir encore réduite la place de la publicité sur leurs antennes ?

  • Gouvernance et nomination
Comment « rapprocher » les structures de France Télévisions, Radio France, France Médias Monde ou l’INA ? L’idée d’une « fusion » des sociétés, jugée lourde et coûteuse, a rapidement été écartée par l’exécutif. La piste d’une « holding » – une entité qui chapeauterait les différentes structures et regrouperait des fonctions transverses comme les ressources humaines – a été évoquée à l’automne, mais n’a pas fait l’unanimité.

Plus récemment a émergé l’idée de nommer un président commun aux différentes sociétés. Le principe est défendu par Mme Nyssen. Ce poste « non exécutif » coifferait des « directeurs généraux » placés dans chaque entreprise. Toutefois, le pouvoir réel de ce superdirigeant reste à établir. Et cette proposition n’a pas encore été arbitrée par l’exécutif.
L’idée soulève une autre question : qui doit nommer les dirigeants ? 
M. Macron veut retirer ce pouvoir au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour le confier aux conseils d’administration des entreprises. Mais comment faire dans le cas d’une présidence commune ? 
La nomination serait-elle faite par l’exécutif, avec confirmation des commissions des affaires culturelles du Parlement, selon la méthode mise en place sous Nicolas Sarkozy ? Ou créerait-on plutôt une commission de nomination ad hoc ? 
Ce point reste à préciser. Il intéressera sûrement les candidats qui briguent la présidence de Radio France devant le CSA, appelé à désigner le successeur de Mathieu Gallet, le 14 avril.

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