14 juin 2017

Renaud Revel : Immedias - Macron et les médias: la fin précipitée de l’état de grâce


C’est une curieuse relation qui s’est instaurée entre la presse et le gouvernement. Entre les médias et Emmanuel Macron.  Comme un climat de suspicion et de défiance réciproque. Les Sociétés de journalistes d’une vingtaine de rédactions viennent de signer une tribune pour dire leur inquiétude face aux récentes initiatives et attitudes d’un exécutif particulièrement tatillon et caporaliste. «  Le nouvel exécutif a-t-il un problème avec la presse ? » interroge cette tribune, qui met en exergue une série d’accrocs et incidents qui témoignent de la part du gouvernement et du chef de l’état d’une volonté de mise à distance.  Le 18 mai dernier, le déplacement d’Emmanuel Macron  au Mali avait vu l’Elysée, non seulement contingenter le nombre de journalistes autorisés à le suivre, mais également désigner les heureux élus. Autre incident : la photo prise du nouveau gouvernement dans l’escalier qui mène au premier étage de l’Elysée avait vu les télévisions et les photographes exclus de cette séance de prise à huis-clos, contrairement à la tradition. Jusqu’à cette plainte contre X déposée par Matignon suite à la publication, par Libération, d’éléments de la nouvelle loi Travai, ce qui pose au passage l’importante question de la protection des sources. Cette série d’incidents constitue une petite musique de fond désagréable qui tranche étrangement avec la campagne d’un Emmanuel Macron particulièrement à l’aise et détendu avec les médias, jusqu’à sa prise de fonction. Elle instaure un climat de malaise entre un Président « bunkerisé » et des rédactions surveillées. L’embarras est visible à l’Elysée où l’on tente de calmer le jeu.

Durant la campagne, et contrairement aux apparences, les choses n’ont pas été aussi fluides que cela entre Macron, son équipe, et les médias. Les coups de fil intempestifs ont succédés aux exigences de rectificatifs. France 2 a reçu de nombreux rappels à l’ordre de la part de l’ancien communicant du chef de l’état, Sylvain Fort, pour des commentaires ou des prises de position jugés inopportuns. Interventionniste et maladroit, ce dernier s’est vu attribuer depuis d’autres fonctions, à l’Elysée. On le voit donc: ça patine. Et il n’est pas sûr que l’exécutif ait beaucoup à gagner à rudoyer une presse versatile et urticante. Une chose est encore plus sûr : jamais état de grâce n’aura été aussi court entre un Président fraîchement nommé et des médias désormais sur le qui-vive.

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