21 juin 2017

Renaud Revel : France Télévisions et la fièvre Macron

ImmediaS


L’installation d’Emanuel Macron à l’Elysée ouvre une phase d’instabilité et de nervosité à France Télévisions, où sa présidente Delphine Ernotte tente de prendre le pouls du nouvel exécutif. 

Que souhaite Macron ? Que pense Macron ? Que va faire Macron? 

Delphine Ernotte n’est pas la seule à se poser ces questions dans l’audiovisuel public, où l’on s’attend à d’importantes réformes de structures. Car si la refonte du secteur public de l’audiovisuel n’est pas une priorité du chef de l’état, loin s’en faut, la rationalisation et la mutualisation des moyens de cet immense secteur, dévoreur de subsides, demeure d’actualité. 
Ça va bouger et sans doute, secouer.
Beaucoup de monde et autant d’argent pour si peu de résultats ! 
C’est le refrain entonné de longue date par le nouveau locataire de l’Elysée qui ne porte pas un regard très positif -doux euphémisme- sur notre télévision publique. 
Bruno Lemaire, à Bercy, non plus, qui tient des propos tout aussi sévères. Quant à la nouvelle ministre de la Culture, l’éditrice téléphobe Françoise Nyssen, qui ne s’intéresse pas au sujet, elle a pour directeur de cabinet un ancien directeur financier du groupe, Marc Schwartz, à l’origine d’un rapport sévère sur son ancienne maison.
C’est dans ce contexte mouvant et piégeur que Delphine Ernotte navigue à vue, l’index levé vers le ciel en paratonnerre. La pédégère s’est rapprochée de quelques « spin doctors » prétendument en vogue dans l’entourage du Président. Ainsi de Robert Zarader – à ses côtés dans les premiers mois de son installation à France Télés- auquel elle a demandé à nouveau un coup de main. Cet homme de l’ombre, qui a rédigé des notes durant la campagne pour le leader d’En Marche, s’active en coulisses à convaincre des animateurs de rejoindre France Télés, et ce à l’horizon de la rentrée de  septembre. A lui également de rapiécer l’image pour le moins contrastée d’une pédégère en campagne et sur la défensive.   
A son passif, l’éviction surprise de David Pujadas et la mise à l’écart, spectaculaire, de Michel Field – lequel, au passage, va être prochainement nommé « Directeur de la Culture » de France Télés (sans que l’on sache ce que recouvre ce nouveau titre…)
Ces initiatives à la hussarde ont été diversement commentées au sein du premier cercle d’Emmanuel Macron, où l’on a vu dans ce mouvement de «dégagisme » des signes d’une évidente fébrilité.  Comme en 2007, avec Nicolas Sarkozy, dont on savait l’appétence pour ces questions. A la différence d’un Macron à mille lieux de son lointain prédécesseur.
Macron, Macron! L’Elysée reste cet épicentre vers qui tous les regards se tournent dans l’audiovisuel : ce Château où la sécheresse avec laquelle son locataire regarde et traite les journalistes (notamment politiques, «ces champions du bavardage… », ironise -t-il ) a déjà jeté un froid. Sans que l’on sache vraiment à quoi s’attendre pour demain…
Macron-Macron ! Ce tropisme vaut en tous les cas à quelques têtes connues de France Télés d’être particulièrement bien traitées, en raison de leurs liens (avérés ou bon) avec le Président nouvellement élu. C’est le cas de Stéphane Bern : en position de force et lévitation, l’invité de la Rotonde, au soir du premier tour, a plus que jamais l’oreille de sa présidente. Même chose pour Laurent Delahousse. Copain de classe du Président, le journaliste s’apprête à décrocher le  18h-21 heures le dimanche, une tranche qu’on lui refusait depuis des lustres. Exit Drucker : sacrifié sur l’autel du changement et au nom de quelques arrière-pensées politiques, le druide de France 2 attend le verdict.
Quant à Anne-Sophie Lapix, sur le chemin duquel on promène l’encensoir, elle n’a pas de chance: en  route pour le 20 heures de France 2, on finit par oublier sa compétence journalistique et ses bons résultats, sur France 5, pour évoquer, en sous-main dans les couloirs de France Télévisions, le fait que son PDG de mari, Arthur Sadoun, à la tête  de Publicis, connait Jupiter. Quand, en vérité, il lui a serré la main à deux petites reprises, quand il était à Bercy…C’est injuste.
C’est fou d’ailleurs, à l’inverse, le nombre de gens dans l’audiovisuel à Paris qui se réclament de Macron. Qui vous certifient, gonflés à l’hélium, qu’ils ont son oreille. « Emmanuel » qu’ils tutoient et approchent. Comme un talisman. L’épisode Bayrou et le pragmatisme et la sécheresse avec lesquels Macron a réglé son compte au patron du Modem devrait inciter à un peu plus de modestie, de réserve et de lucidité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire