27 mai 2017

Challenges : Ernotte , l'état catastrophique des lieux








Marc Baudriller
ETAT DES LIEUX

Delphine Ernotte seule face à la crise de France 2

Le patron de l'information de France Télévisions Michel Field a quitté ses fonctions – mais pas l'entreprise à ce stade - ce 22 mai, alors que la rédaction devait voter ou non demain 23 mai contre lui une motion de défiance. C'est la fin d'un bras de fer avec la Société des journalistes entamé voilà un an avec le vote d'une première motion de défiance contre lui. Mais le " fusible " Field suffira-t-il à protéger la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte désormais en première ligne ? Moins de trois ans après sa prise de fonction, Delphine Ernotte se retrouve en situation délicate.
La semaine dernière, la " question Ernotte " a été débattue longuement par les journalistes lors de l'assemblée générale organisée par leurs représentants à France 2. " La première motion de défiance contre Michel Field votée voilà un an n'a débouché sur rien, résumait pour Challenges Manuel Tissier, le président de la Société des rédacteurs de France 2, juste avant la démission de Field lundi. Ni les méthodes, ni les personnes n'ont bougé ". Une partie de la rédaction voulait alors " aller plus loin pour la mettre en demeure ", selon lui. Les votes de motions de défiance contre Ernotte et Field envisagées demain n'auront pas lieu. Mais si la situation de Field devenait intenable, les marges de manœuvres de Delphine Ernotte se réduisent.
Dans la rédaction et au-delà, les griefs contre la présidente s'accumulent. Les chiffres d'audience sont têtus : la grande refonte des après-midi de France 2 a débouché sur un désastre, la chaîne elle-même a perdu 0,9 point d'audience en 2016 sur un an, soit le plus mauvais résultat avec Canal+. Il restait trois piliers dans la grille de la grande chaîne publique en semaine : Télématin de William Leymergie, récemment menacée par le départ – finalement démenti - de son animateur, le 20 heures de Dvid Pujadas, très solide, et le jeu en avant soirée de Nagui N'oubliez pas les paroles. L'éviction de David Pujadas du 20 heures et la mauvaise gestion d'une succession qui ne s'imposait pas fragilise ce carrefour d'audience. Les syndicats ne manquent pas de souligner l'étrange calendrier de cette mise à l'écart intervenant dix jours après l'élection d'Emmanuel Macron et le jour même de l'annonce du gouvernement. Certains crient à la manœuvre politique. Dans l'entourage de Delphine Ernotte, on dément fermement " Il n'y a aucun calcul, c'est une décision managériale, rien à voir Macron ".
Mais ces griefs s’ajoutent à une série de cafouillages qui ont touché la présidente. 
Le refus de Marine Le Pen de participer à L’Emission politique à cause d’un débat ajouté au dernier moment en 2015, le départ d’Yves Calvi dont le mentor Jérôme Bellay était devenu persona non grata, 
L’éviction de Julien Lepers, le grand débat avant le premier tour des présidentielles, jusqu’au baiser donné par Ernotte à Brigitte Macron devant les caméras à la veille du premier tour ne semblent ni souhaitables ni rationnelles à la rédaction et alimentent en interne une crise de confiance qui se propage jusque dans l’encadrement. 
« Connivence », « parisianisme », « amateurisme au mieux », « risque de soumission au pouvoir », les mots des journalistes en interne et de leurs représentants sont durs. Delphine Ernotte, qui avait séduit le CSA, se voit reprocher ses processus de décisions et le choix de ses équipes, souvent inexpérimentées, comme si cette dirigeante des télécoms n’avait pas pris la mesure de l’exigence qu’impose la concurrence avec les autres chaines, la neutralité du service public et la difficulté du pilotage du paquebot France Télévisions.

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