14 janvier 2017

Myriam Cottias (spécialiste de l'esclavage) : une attaque en règle contre Outremer 1ère

Grève de la faim de Serge Romana : l'insupportable propagande d'Outre mer 1ère

Quand les médias s'engouffrent sans retenue, sans rien comprendre des enjeux d'une question et en propageant des confusions inédites, cela donne un air de propagande : c'est ce que fait actuellement Outre mer 1ère, média public, à propos de la grève de la faim de Serge Romana.

Bien sûr, il faudrait être bien naïf pour découvrir brusquement ce qu'est un cirque médiatique. Il faudrait débarquer de la Lune pour ignorer cette sorte de mécanisme implacable en vertu duquel aujourd'hui, quand un média entretient (volontairement ou non d'ailleurs) une confusion, la déformation en question se retrouve comme par une traînée de poudre sur ces fameux réseaux sociaux si prompts à relayer les tapages insensés, pourvu que fonctionne le buzz. Et même quand on est conscient de tout cela, qu'on sait pertinemment que faire en sorte de rétablir la vérité sera comme un coup d'épée dans l'eau du buzz, on peut parfois être tenté. De toute manière, l'exercice étant perdu d'avance, la propagande avançant sans se soucier de la moindre exactitude, le geste ainsi tenté "ne prêtera pas à conséquence". Tout au plus aura-t-on pu se mettre en accord avec la vérité des faits, même si elle n'est plus entendue.

Dans la rocambolesque affaire de la grève de la faim déclenchée par Serge Romana, président de l'association CM98, vendredi 13 janvier 2017 devant le Sénat, pour exiger la réintroduction dans le projet de loi Égalité réelle outre mer, de l'article 20A supprimé par la commission sénatoriale des lois, la couverture médiatique confidentielle est menée par les organes dédiés à l'outre mer, avec Outre mer 1ère en tête, émanation de France Ô, anciennement RFO. 
Autant dire l'organe d'État, relais de ce qu'il est bon de penser dans les "cercles autorisés" dont avait parlé Coluche en son temps. Ne maîtrisant strictement rien du dossier peut-être complexe pour eux des dates de commémoration de l'esclavage en France, le média a assuré cette couverture en diffusant d'étonnantes confusions dont il faut imaginer que l'intéressé lui-même ne cautionnerait pas les termes. 
Peu importe, l'essentiel est de présenter l'héroïsme de l'action suscitée, quitte même à attribuer à ladite action l'inverse même de sons sens. 
Ainsi, M. Romana, qui milite rappelons-le pour la reconnaissance d'une deuxième journée nationale de commémoration le 23 mai (en référence à la marche qu'il avait suscitée le 23 mai 1998 à Paris), outre le 10 mai, journée officielle jusqu'à présent, se retrouve selon la présentation faite par Outre mer 1ère, comme défenseur du 10 mai ! 
Le renversement des termes a de quoi surprendre (la chose est hallucinante, à proprement parler). L'article 20A du projet de loi Égalité réelle outre mer supprimé par le Sénat est, dans la foulée, présenté comme officialisant le 10 mai. Ces gens savent-il que le 10 mai a été officialisé comme Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, depuis plus de 11 ans, par les dispositions législatives adoptées en 2006, en référence à la Loi Taubira de 2001 ? 
Ce que cherchait à instaurer l'article 20A demandé par M. Romana et écrit ailleurs, c'est au contraire une division gravissime de nature racialiste, entre le 10 mai qui serait censé représenter l'histoire des abolitionnistes français (donc les Blancs) et le 23 mai, qui deviendrait Journée nationale d'hommage aux victimes de l'esclavage (donc les Noirs). 
Et ce, alors même que le 10 mai, tel qu'il avait été conçu en 2006 en référence à la loi Taubira, avait été instauré tout à fait officiellement pour représenter un rassemblement de la nation toute entière autour de la mémoire de l'esclavage, de ceux qui l'ont subi et ont résisté, et de la responsabilité des temps esclavagistes : une date nationale, en plus des dates de commémoration outre mer. 
Sur les données de cette question, nous avons suffisamment alerté l'opinion publique, les élus et le monde intellectuel, pour avoir besoin d'y revenir. Mais peu importe, l'exactitude des faits n'intéresse pas Outre mer 1ère, média d'État, quitte à falsifier les choses au point de les inverser. Et voilà donc M. Romana devenu le défenseur du 10 mai, que voudrait torpiller le Sénat. On rêve ? Non, c'est la stricte réalité d'une propagande invraisemblable actuellement relayée par Outre 1ère.

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