25 octobre 2016

Pourquoi l'ADAP est en colère contre les gaspillages...

Coucou Jean-François Copé, l'homme qui pensait qu'un pain au chocolat coûte 15 centimes ! 
Coucou ! Je m'appelle Baptiste, je suis médecin généraliste et, l’été dernier, j’ai vu en consultation un vieil homme. 
Il ne payait pas de mine. 80 ans bien tassés. Il vient pour un renouvellement, trois fois rien. On parle un peu lui et moi. HAD, FNASS, SSID, bla-bla-bla, on se perd dans les acronymes. 
En gros, il s’occupe de son épouse en fin de vie. 40 ans de vie commune. Ils touchent une petite retraite, tous les deux. C’est trop pour la CMU, pas assez pour offrir un cadeau à leur petit-fils à Noël. 
Il me dit ça en triturant un trou dans sa veste. Il touchait une aide spéciale pour les changes de son épouse, mais le gouvernement l’a supprimée. Alors il se débrouille : il met des chiffons dans la culotte, qu’il nettoie ensuite.<< Mais ce n’est pas efficace comme des vraies couches. C’est ma femme, et lui faire « ça » avec « ça », c’est pas bien, non, c’est pas bien. >> qu’il dit en secouant la tête.
Cela dure un 1/4 de seconde, mais je le vois, moi : le regard du vieux se trouble. IL SE TROUBLE. Je l’entends murmurer :  << Je me sens indigne. >> […]
Finalement, ce patient s’en va. Le suivant me pose un lapin. 15 minutes de rab’. 
Je surfe sur le net en attendant. Tombe sur des articles qui parlent voyage ministériel à 14 000 € pour un « match de foot à Berlin » (coucou Manuel Valls), note de taxi à 400 000 € pour une responsable culturelle (coucou Agnès Saal). Ça se gave bien, en haut lieu, ça se gave bien. Et la voix du vieux revient, elle résonne entre les quatre murs du cabinet, elle chevrote.
<< Je me sens indigne. >>
J’ai comme un haut le coeur tout à coup et je m’entends penser : « Putain de merde, Baptiste, on vit quand même dans un monde sacrément violent. »
Chaque jour passe et, chaque jour, je vieillis dans ma tête. Si vous saviez comme je suis en colère et comme je suis vieux… Parfois, j’ai comme des envies de casser le monde. J’espère que j’arriverai à toujours vous raconter des histoires drôles. Des histoires sans violence, des histoires sans colère.
Et sans « vieillards indignes ».
Baptiste

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