09 septembre 2016

Rebondissement : E. Lucet obtient la diffusion du mag Bymalion et probablement la tête de Field

Voici dans son intégralité l'article du Parisien et l'entretien avec Elise Lucet sur le feuilleton-magazine Bygmalion.
Lucet aura finalement eu gain de cause et probablement dans les semaines qui viennent la tête du Directeur de l'Information Michel Field.



 Fin du bras de fer à France 2 autour de la diffusion d'une enquête d'"Envoyé Spécial" sur l'affaire Bymalion (le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012). Après plusieurs semaines de tension avec Michel Field, le directeur de l'information de France Télévisions, l'équipe du magazine, dirigée par Elise Lucet, a fini par obtenir gain de cause : comme elle le souhaitait, le document inédit sera bien diffusé dans son intégralité le 29 septembre, lors du lancement de la nouvelle formule du magazine d'information de la Deux. Il s'agit de la première interview de Franck Attal, un spécialiste de l'événementiel en charge de l'organisation des meetings de campagne du candidat de l'UMP à la présidentielle.
 
Soumis à des pressions de la part de l'entourage de Nicolas Sarkozy -- invité vedette de « l'Emission politique » (ex-« Des paroles et des actes ») jeudi prochain —, le patron de l'info avait demandé à Elise Lucet de ne pas diffuser son témoignage explosif pendant la prochaine primaire de la droite, entre le 21 septembre et le 27 novembre.
 
Mais, face à la colère grandissante de ses rédactions, Michel Field, qui a déjà fait l'objet d'une motion de défiance en avril, n'aura pas pu tenir tête jusqu'au bout à la reine de l'investigation. Cette dernière revient en exclusivité pour « le Parisien » - « Aujourd'hui en France » sur le conflit avec son boss.
 
Avez-vous fini par trouver un accord avec Michel Field ?
ÉLISE LUCET. Oui. La crise est finie, et nous en sortons par le haut. Notre enquête sur Bygmalion sera diffusée, dans son intégralité — entre trente-cinq et quarante-cinq minutes — le 29 septembre pour le lancement de la nouvelle formule d'« Envoyé spécial » (à 20 h 50), une date que nous avions envisagée en mai et qui convenait à Michel Field... jusqu'à ce qu'il change d'avis mi-juillet.
Aujourd'hui, nous sommes parvenus à un accord qui convient à tout le monde, conforme à ce qu'est France Télévisions. Nous défendons tous l'indépendance du service public. Il y a d'autres chaînes où ce n'est pas le cas mais, ici, je sais que je peux faire mon métier sans que personne dans le groupe n'ait peur des réactions du pouvoir politique ou économique. Je n'ai jamais eu aucun doute sur la volonté farouche de la présidente du groupe Delphine Ernotte de défendre l'indépendance de nos chaînes.
 
Pourquoi la direction de l'information a-t-elle fini par se rallier à votre position ?
Le 29 septembre, nous serons en pleine actualité judiciaire puisque le juge de l'affaire Bygmalion doit se prononcer avant le 30 septembre sur le renvoi, ou pas, de Nicolas Sarkozy et des 13 autres mis en examen, devant le tribunal correctionnel. Cette date vient de nous être confirmée. Cela a pesé dans la balance. Avoir un tel document, une interview de Franck Attal, ce spécialiste de l'événementiel au coeur de l'affaire Bygmalion, qui n'a jamais parlé jusqu'alors, démontre la force de France Télévisions en termes de révélations.
 
Sur quoi les discussions achoppaient-elles jusqu'alors ?
On s'est engueulés avec Michel Field. Il y a eu des incompréhensions. A certains moments, on n'a pas écouté l'équipe d'« Envoyé spécial », et notamment son rédacteur en chef, Jean-Pierre Canet, car le calendrier politique a pris plus d'importance. Je comprends que Michel Field veuille préserver « l'Emission politique », mais il faut qu'il y ait de l'enquête et du débat sur nos chaînes. Michel Field est d'ailleurs d'accord sur cette coexistence, et je n'ai aucun doute sur son honnêteté intellectuelle.
 
Que va-t-on découvrir dans ce document ?
Franck Attal est le seul qui n'est pas politique dans l'affaire Bygmalion. Il était au cœur du réacteur quand la campagne de Nicolas Sarkozy s'est emballée, passant de 15 meetings prévus à 44 au final. Il a vu les demandes s'amplifier, a alerté tout le monde à l'UMP sur le plafond des dépenses de campagne qui allait exploser. C'est à lui que les responsables de l'UMP ont demandé de mettre en place une double comptabilité...
Notre journaliste Tristan Waleckx est en contact avec lui depuis deux ans. Attal s'était interdit de répondre à la presse avant d'avoir répondu à la justice. Maintenant que c'est fait, il nous explique ses rapports avec les responsables de l'UMP, son rôle, sa vérité, car il a été ulcéré du fait qu'on dise que Bygmalion avait détourné cet argent. Avec son analyse clinique et factuelle, il apporte un regard totalement nouveau.
 
«Nous réitérons notre invitation à Nicolas Sarkozy pour qu'il s'exprime»
ELISE LUCET
Que comptez-vous ajouter au reportage d'ici à sa diffusion ?
D'ici au 29 septembre, nous aurons le recul nécessaire pour vérifier, tenter d'obtenir des contre-parties, faire des interviews qui nous manquent. Nous avons sollicité les Républicains qui, pour l'heure, refusent de nous répondre. Mais nous réitérons notre invitation à Nicolas Sarkozy pour qu'il s'exprime soit lors d'une interview avec moi, ou lors d'un face-à-face avec Franck Attal, comme il est d'usage dans une enquête journalistique.
 
A quoi ressemblera la nouvelle formule d'« Envoyé spécial » dans le cadre des jeudis de l'info ?
Il y aura quatre ou cinq sujets par émission avec de l'investigation, des grands reportages, de belles interviews, une manière à nous de suivre la campagne électorale du côté des électeurs avec un nouveau format qui leur donnera la parole, des immersions dans les endroits symboliques de la société française aujourd'hui et un portrait à la fin réalisé par l'équipe de « Complément d'enquête ». Le 29 septembre, le portrait sera celui de Zinedine Zidane. Mon souhait est de mettre en valeur la plus grande rédaction des magazines de l'information de France à travers toutes ses facettes, avec une exigence et une volonté de renouvellement de ce format. Il n'est pas question de faire table rase du passé, mais l'émission a besoin d'un souffle nouveau.
  Le Parisien

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