16 septembre 2016

Audiovisuel public : pourquoi cette omerta autour de « Main basse sur l’information » ?


Sans doute était-ce prévisible mais le constat n’en saute pas moins aux yeux : le livre Main basse sur l’information (Editions Don Quichotte) qui a été écrit par le cofondateur de Mediapart, Laurent Mauduit
et que nous avons présenté ici même, sur ce blog, est très largement boycotté par les grands médias. Mais c’est tout aussi vrai dans le cas de l’audiovisuel public.

Dans le cas de la presse écrite, on pouvait s’en douter : comme notre confrère détaille les dégâts éditoriaux (censure, autocensure, licenciements politiques…) causés par la mainmise des milliardaires (Bolloré, Drahi, Niel, Arnault…) sur les principaux journaux, les titres concernés ne se sont visiblement pas bousculés pour faire la publicité d’un livre qui détaille ces pratiques, et dont les citoyens sont les premiers à faire les frais.

Pour ce que l’on a pu constater, si FO Hebdo, L’Humanité Dimanche et de nombreuses réseaux citoyens ou associatifs ont par exemple évoqué le livre, si ce dernier a aussi suscité un « buzz » très fort sur les réseaux sociaux, la grande presse (hormi TéléObs) a fait pour l’instant silence. Pas une ligne donc dans Le Monde, dans Libé, dans L’Express, dans Le Parisien, dans Le Figaro, etc.

A notre connaissance toujours, les chaines de NextRadioTV du groupe Alain Weill (BFM, RMC…), que Drahi va progressivement racheter, n’ont pas plus soufflé mot de ce travail d’enquête. Même chose à LCI. Ainsi va l’information sous la coupe des milliardaires…

Supposé être à l’abri de ce type de pressions, l’audiovisuel public aurait donc pu, lui, se saisir de cet ouvrage, qui pose des questions graves sur la liberté de la presse, à quelques encablures de l’élection présidentielle.

Et pourtant non ! Pour ce que l’on a pu constater, aucune chaîne de télé publique, aucune station de radio publique n’a aussi jugé utile d’évoquer l’ouvrage, pour ouvrir le débat sur la qualité et l’honnêteté de l’information. 
Rien sur France Inter ou sur France Info, qui ont pourtant des émissions dédiées à l’actualité des médias ! Rien non plus sur France Culture, qui devrait être un lieu privilégié pour ouvrir des débats aussi importants.

Et le constat est évidemment le même sur l’audiovisuel public. Si TV5Monde a invité l’auteur, France Télévisions s’en est bien gardé. Ni France 2, ni France 3, ni France 5, etc.

On peut, certes, relever que l’auteur n’est pas tendre non plus avec l’audiovisuel public et multiplie les critiques à son encontre. 
Pêle-mêle, il déplore les chroniqueurs qui travaillent simultanément dans le public et le privé ; le recours à des éditorialistes économiques proches du Medef dans tout l’audiovisuel public. 
Il détaille aussi les manigances qui ont permis à Delphine Ernotte de devenir, avec l’appui caché de l’Elysée, la nouvelle PDG de FTV. Il pointe encore la caractère très partisan du « 20 heures » de France 2, sous la houlette du tandem Pujadas-Lenglet…


Le livre soulève donc aussi des questions embarrassantes pour le service public. Ces critiques sont-elles justifiées ? A tout le moins, le débat mérite d’être ouvert. Alors, pourquoi ne l’est-il pas ? On en viendrait presque à croire qu’il y a eu des instructions…

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