27 avril 2016

une tribune du Monde signée Woerth et Leleux : en gros, affamons le Service Public au profit de Bouygues et Vivendi !

Ne parlons pas comme d'aucuns d'un tissus d'inepties mais il faut reconnaître à ces deux éminents politiques une méconnaissance abyssale des structures des sociétés publiques de Radio et de Télévisions.

l y a urgence à repenser le secteur de l'audiovisuel

Le temps est venu de supprimer intégralement la publicité de toutes les antennes publiques, au lieu d'en rajouter, afin de distinguer, mieux que l'actuel exécutif ne l'a fait, la radio et la télévision nationales


Le quinquennat qui s'achève n'aura pas épargné le secteur de l'audiovisuel. Il faut se rappeler les promesses de campagne : les nominations dans l'audiovisuel public allaient devenir incontestables !

JP Leleux
 La loi du 15  novembre 2013 a, en fait, établi une procédure de nomination par le CSA peu transparente qui a alimenté les soupçons sur les nominations, notamment à France Télévisions. Sur le plan des moyens, les travaux de contrôle budgétaire que nous avons menés, l'un à l'Assemblée nationale et l'autre au Sénat, ont mis en évidence – depuis 2012 – la fragilité croissante des sociétés de l'audiovisuel public, faute de réformes suffisantes, et le non-respect par l'Etat de ses engagements financiers dans les contrats d'objectifs et de moyens. À cet affaiblissement financier s'ajoute aujourd'hui une tutelle pesante des ministères qui réduit considérablement l'autonomie des dirigeants et les empêche de se projeter dans l'avenir.

E. Wooerth
Les grands médias privés connaissent également des difficultés. La multiplication des chaînes de la TNT, en fractionnant l'audience, a fragilisé les recettes publicitaires des grandes chaînes comme TF1. Le groupe Canal+, dont la contribution au cinéma et à la fiction est indispensable, est menacé par l'émergence de nouveaux concurrents dans le sport et par les grandes plates-formes américaines de vidéos à la demande.

Un nouveau groupe public

Dans ce contexte, quel doit être le rôle des responsables politiques ? Des regroupements sont devenus nécessaires pour faire émerger des acteurs français au niveau européen capables d'investir et d'innover. Ils devront être encouragés. Dans le respect de cet objectif, il faudra aussi veiller à préserver l'exception culturelle en maintenant un secteur de la production indépendante diversifié tout en accompagnant la montée en gamme des productions pour développer les exportations. Producteurs et diffuseurs doivent faire évoluer leur modèle économique pour se renforcer mutuellement.

A l'image de la BBC, l'Etat doit montrer la voie en regroupant – au sein d'un groupe unique – les sociétés de l'audiovisuel public au cours du prochain quinquennat, en commençant par France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'INA. Ce nouveau groupe public devra être clairement indépendant de l'Etat, comme du régulateur, pour éviter tout conflit d'intérêts, ce qui nécessitera l'adoption d'une " gouvernance normalisée " avec, par exemple, une nomination du président du nouvel ensemble par son conseil d'administration, une commission parlementaire pouvant jouer le rôle d'un conseil de surveillance. 

Pour que l'audiovisuel public soit véritablement le bien commun de la nation, nous proposons enfin que le contrat d'objectifs et de moyens de ce nouveau groupe public fasse l'objet d'un vote conforme des commissions parlementaires compétentes dans les deux assemblées et non plus d'un simple avis consultatif.

France Télévisions a choisi de se doter d'une chaîne d'information. 

Pourquoi pas ? 

Mais à trois conditions : 

cette chaîne devra être véritablement pluraliste, en particulier lors des grandes échéances électorales, 

elle devra être pensée comme le laboratoire des mutualisations à venir et, enfin, 

il conviendra qu'elle se dispense de toute publicité et qu'elle soit financée d'abord par des redéploiements de moyens.

Nos concitoyens ont droit à un audiovisuel public de qualité qui propose une offre distincte de ce qu'apportent les télévisions et les radios privées. Or qui dit offre distincte doit également signifier financement spécifique. 

Nous pensons que plutôt qu'augmenter la publicité sur Radio France comme vient de le décider le gouvernement il faut la supprimer sur l'ensemble des antennes publiques à la radio comme à la télévision et engager des réformes de structure afin de dégager des marges de manœuvre financières. Une modernisation de la redevance devra aussi être recherchée à condition de stabiliser le montant payé par les foyers. La poursuite de la réforme de la réglementation de la production doit également permettre à France Télévisions d'obtenir un vrai retour sur les 400  millions qu'il investit chaque année dans la production.

Afin que les chaînes privées puissent investir plus dans la création, il convient qu'elles maîtrisent davantage les droits attachés aux programmes. Si l'hyperréglementation du secteur de la production a, sans doute, été nécessaire pour faire émerger un secteur innovant et créatif, il faut veiller à ce qu'elle ne constitue pas un obstacle empêchant en France les évolutions qui s'opèrent partout ailleurs en Europe.

Parce que nous croyons en l'avenir du secteur des médias et au talent des artistes, des auteurs et des entrepreneurs de l'audiovisuel, nous pensons qu'il est temps de leur donner plus de liberté pour développer un secte

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