Aucun arbitrage n’est encore fait mais les salariés sont particulièrement inquiets. Une note de la direction du Budget, à Bercy, recommanderait de mettre sérieusement au régime l’audiovisuel public. France Télévisions, Radio France, TV5 Monde… Aucune chaîne n’échapperait aux coupes. Le plan serait d’économiser au total 700 millions d’euros et de supprimer 2.050 postes d’ici à 2022, d’après la note de blog du journaliste Renaud Revel. Drastique ! D’autant que Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, avait avancé un montant “plus près de 300 millions”, le 5 juin sur CNews.
“Sibyle Veil (la patronne de Radio France, ndlr) a démenti cette somme de 700 millions d’euros, mardi, lors d’un comité d’entreprise”, nous fait savoir un journaliste de la Maison ronde. “Pour autant, il est très crédible qu’une telle note circule à Bercy. Visiblement, un match se joue entre Bercy et Françoise Nyssen”. Du côté du SNJ de TV5 Monde aussi, on est persuadé que ce document a bel et bien été rédigé par les services de Gérald Darmanin.
A en croire le blog de Renaud Revel, c’est France Télévisions qui serait particulièrement visé avec 564 millions d’euros d’économies et un plan de départ volontaire de 1.500 personnes, soit 17% de la masse salariale. “Il n’y aura pas de plan de licenciement”, a pourtant affirmé Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, au Parisien le 9 juin. A Radio France, 46 millions d’euros d’effort seraient demandés et 300 salariés seraient appelés à quitter leur poste. TV5 Monde ? 38 millions d’euros et 200 départs. Arte ? 20 millions d’euros. Enfin, 50 postes pourraient être supprimés à France Médias Monde (RFI, France 24…). De quoi inquiéter en interne…

"La mort annoncée de notre entreprise”

“Les gens sont consternés. Même les cadres dirigeants qui avaient des réserves n’en ont plus aucune contre Delphine Ernotte”, déplore Jean-Jacques Cordival, président de la fédération CGC-Médias à France Télévisions. “Cette note rajoute au climat anxiogène à France Télévisions…. Ça fait des mois qu’on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. On sent que ça va taper très fort”, affirme Marc Chauvelot, secrétaire général SNRT-CGT-France Télévisions. Au sein de la chaîne publique, on n’ose pas y croire. “Ce serait de la démolition et de la casse sociale à grande ampleur”, prévient le syndicaliste.
A TV5 Monde, on commence déjà à se mobiliser : un tract signé par la CFDT-SNME, FO, le SNJ et le SNAPS a été distribué aux salariés ce mercredi. “Les chiffres sont énormes !”, s’insurge Karine Barzegar, déléguée syndical du SNJ. “38 millions d’euros, c’est la moitié du budget annuel de la chaîne pour la France. 200 salariés, ça représente la moitié du personnel”, ajoute-t-elle. Dans leur tract, les syndicats préviennent. “Si cette proposition (...) venait à être validée par le gouvernement (...), ce serait une véritable saignée. La mort annoncée de notre entreprise”, peut-on lire.

Des arbitrages dans les jours à venir

D’après la note de blog, les arbitrages seront rendus par Matignon dans les jours à venir. Et les économies pourraient être exigées dès cette année, en premier lieu chez France Télévisions qui devrait déjà trouver 50 millions d’euros. Néanmoins, les syndicats n’imaginent pas que de telles coupes pourraient effectivement être décidées. “700 millions d’euros, je ne pense pas que l’entreprise puisse franchir un tel cap. Ça peut être une tactique de lancer des chiffrages déraisonnables pour qu’on se dise ensuite que finalement, 400 millions d’euros d’économies à faire, ce n’est pas tant que ça”, avance Marc Chauvelot. “Il se pourrait que les arbitrages soient positifs”, tente Karine Barzegar à TV5 Monde. “Mais on va évidemment se mobiliser pour qu’ils soient faits de façon cohérente pour défendre ce service public”.
La fameuse note évoquerait, par ailleurs, des pistes concrètes pour aboutir à ces économies drastiques. Il serait par exemple question de “numérisation des chaînes de France Télévisions”, de “mutualisation Arte-France Télévisions”, de “recentrage de TV5 Monde” ou encore d’”économies sur les programmes de France 3 et France Ô”. Lors de la présentation de la réforme de l’audiovisuel public, le 4 juin, Françoise Nyssen avait annoncé la disparition de France 4 des écrans télé et avait ouvert la voie à une suppression de France Ô.
Contacté, l’entourage de la ministre de la Culture “ne confirme pas” les informations de Renaud Revel. Quant au ministère des Comptes publics de Gérald Darmanin, il n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations.